Août 03

Dimanche de la catéchèse 2014

Dimanche de la catéchèse 2014Le Dimanche de la catéchèse 2014 s’annonce particulièrement intéressant.

Le texte évangélique du 21 septembre est la parabole bien connue des « Ouvriers de la dernière heure ».

L’aspect qui a retenu l’attention de l’équipe de développement du Dimanche de cette année est la nécessité d’ouvriers pour aller moissonner.

Partant de là, la réflexion de cette année ne porte pas sur les enfants à catéchiser ou encore sur la façon de faire catéchèse, elle s’intéresse au fait que toute la communauté doit se sentir concernée par l’offre catéchétique du milieu.

La catéchèse n’est pas réservée à quelques spécialistes de la paroisse. en effet, si par la catéchèse la personne est conviée à découvrir ce que c’est que d’être un disciple du Christ, alors tous les membres de la communauté ont donc, par leur statut de baptisé, une posture de TÉMOIN invitant la personne catéchisée à entrer dans l’expérience de la vie chrétienne.

Cela n’exclut pas la nécessité que certaines personnes se consacrent à l’action catéchétique proprement dite: la communauté a besoin de catéchètes, d’où le thème « Appelez des ouvriers ».

Soulignons que le chant-thème retenu est Joie irrésistible, chant composé par le Centre Agapè en collaboration avec Robert Lebel, à l’occasion de l’élévation au cardinalat de Mgr Lacroix, dans la foulée de la parution de l’exhortation apostolique du pape François La joie de l’Évangile.

La documentation est disponible sur le site du Service d’aide aux catéchètes de l’Office de catéchèse du Québec.
Le formulaire de commande est disponible sur le site.

Service d'aide aux catéchètes

Août 29

Départ de Daniel Laliberté de la direction du CCQ

Nommé à temps partiel en janvier 2012, puis ayant dû mettre entre parenthèses le développement du Centre en raison de son mandat comme responsable de l’Année de la foi pour l’Église de Québec, Daniel voyait venir l’année pastorale 2014-2015 comme l’occasion d’un nouveau départ pour lui-même et pour le Centre catéchétique : ce serait en effet la première année où il pourrait déployer une offre de formation catéchétique variée, bien arrimée aux enjeux catéchétiques actuels tout en étant appuyée sur ses propres compétences et convictions. À preuve, les différents volets de la programmation visibles sur le présent site.

L’avenir du directeur actuel du Centre prend toutefois une tout autre orientation. On lui a fait une offre qu’il ne pouvait refuser!

Daniel deviendra en effet à compter d’octobre 2014 professeur de théologie catéchétique et pastorale et de pastorale biblique au Centre Jean-XXIII, petit centre universitaire rattaché à l’archidiocèse de Luxembourg (Europe).

Daniel n’a jamais fait secret de son désir de retourner à l’enseignement, fonction qu’il a occupée dans une première phase de sa vie professionnelle. Tous ses proches amis et collègues savaient bien que son retour aux études pour compléter un doctorat visaient à lui permettre de devenir professeur de théologie à l’université.

L’occasion se présente donc maintenant, certes pas aussi proche qu’il l’aurait souhaité mais dans un contexte qui constitue un défi professionnel extrêmement stimulant: combiner l’enseignement universitaire de la catéchèse ET l’intervention-terrain en vue du déploiement de projets catéchétiques paroissiaux, tout en collaborant au développement d’un Masters en pastorale biblique. Bref, on veut lui confier des tâches qui combinent « le meilleur de son expérience tant théologique que pastorale ».

 

L’avenir du Centre catéchétique

Tout en considérant que ce départ pose certains problèmes quant à la suite des choses, l’évêque de Québec ne considère absolument pas qu’il doit conduire à mettre « la clef dans la porte » du Centre. Certes, compte tenu de la diminution évidente des effectifs et des ressources dans l’Église de Québec, une réflexion conjointe de l’évêque et du Conseil d’administration du Centre devra considérer cette éventualité, mais pour le moment on se met plutôt en mode « recherche d’un responsable par intérim ».

 

Mise en veilleuse de la programmation

Vous aurez compris que, dans les circonstances, la programmation annoncée sur le présent site est mise en veilleuse. L’éventuel remplaçant de Daniel verra ce qu’il compte faire de ces propositions qui, il faut le dire, étaient fortement teintées – et c’est bien normal – d’une « couleur Daniel Laliberté ».

En conséquence, si l’une ou l’autre de ces formations vous intéressait, attendez la nomination du nouveau responsable, qui devrait être annoncée via l’Info-paroisse, pour manifester votre intérêt, ce qui guidera le choix des formations à retenir ou à poursuivre.

Août 28

Enjeux catéchuménaux pour le Québec – Conférence de Daniel Laliberté, Chili, 24 juillet 2014

 

DSC_1164Voici le texte de la conférence prononcée par Daniel Laliberté, directeur du CCQ, à l’occasion des 3e Assises internationales du catéchuménat tenues à Santiago, Chili, du 21 au 25 juillet 2014.

L’auteur y développe essentiellement trois enjeux majeurs pour que nos pratiques catéchuménales assument pleinement leur vocation: engendrer des disciples du Christ: 

              • Donner une place significative à la 1re annonce AVANT d’amorcer quelque démarche catéchétique que ce soit;
              • Repenser complètement la façon dont quelqu’un apprend la foi et la vie chrétienne, en passant résolument en mode « fréquentation », ce qui implique des ajustements majeurs à la vie de nos communautés chrétiennes;
              • Assumer le principe du « moment opportun » pour célébrer un sacrement d’initiation chrétienne, en acceptant le lien entre « célébration sacramentelle » et « dispositions intérieures », avec les pratiques de discernement que cela requiert.

L’auteur s’inspire abondamment d’Evangelii gaudium, l’exhortation apostolique du pape François.

 

 


 

 

Initier en mode catéchuménal – 

L’état de la question dans le Québec francophone, 

à la lumière d’Evangelii gaudium

 

 On m’a donné pour mandat aujourd’hui de vous parler de la situation du catéchuménat au Québec.[1] Il faut d’abord que je vous dise que la situation chez nous est particulièrement problématique – et ce sans préjuger du degré de difficultés que l’on rencontre dans vos propres contrées. Comme le titrait une revue québécoise à laquelle j’ai récemment contribué[2], on a souvent le sentiment chez nous que « les sacrements tournent à vide », c’est-à-dire que l’offre de sacrements est là, ces gestes continuent d’être célébrés, mais « à vide », sans un ancrage significatif dans une expérience de communion au Dieu de Jésus Christ. Et comme je le mettrai en évidence, c’est aussi vrai de nos parcours catéchuménaux.

 

L’état de la situation au Québec

Aujourd’hui, je ne me contenterai pas simplement de vous exposer comme une photographie la situation actuelle, ce qui pourrait être assez déprimant. Je mettrai en évidence certaines CAUSES de cette situation. Surtout, je parlerai de quelques projets qui se déploient actuellement au Québec et qui ont des chances d’être prometteurs. J’insisterai d’ailleurs davantage sur le projet de mon diocèse, un projet particulièrement audacieux parce qu’il veut décloisonner les enjeux d’initiation chrétienne pour les insérer dans une problématique beaucoup plus large. Et, au fil de ces réflexions, je ferai régulièrement le pont avec la magnifique exhortation apostolique du pape François, Evangelii gaudium, mettant ainsi en évidence comment, dans sa longue réflexion sur l’évangélisation, il nous exhorte à situer nos questionnements sur le catéchuménat au cœur d’une pensée sur l’activité évangélisatrice de disciples-missionnaires qui ont fait la rencontre du Christ et qui le portent avec joie, comme individus et comme communautés, au monde d’aujourd’hui.

Comme vous le découvrirez au fil de ma présentation, il est clair que, chez nous comme dans beaucoup de coins de notre Église, c’est en grande partie dans les rapports entre première annonce et catéchèse, si bien pris en compte dans Evangelii gaudium, que se tient le nœud de la problématique catéchuménale. C’est donc là que nous pouvons aussi trouver des pistes de solution.

Le catéchuménat est né au Québec à peu près avec le Concile, d’abord dans la métropole multiculturelle qu’est Montréal. Rien d’anormal à cela : à l’époque, dans une société où pratiquement tout le monde était baptisé dans l’enfance, seuls des adultes immigrants, voulant s’intégrer à leur terre d’accueil, étaient susceptibles de demander le baptême. Puis, à mesure que se sont diversifiés les lieux d’installation des immigrants, sont apparues ici et là dans les autres villes des demandes sporadiques de baptême d’adultes. À Québec, qui est la 2e agglomération en importance de la province, on a baptisé cette année une vingtaine d’adultes, dont plusieurs appartenant à des minorités culturelles. Si la situation se limitait à cela, il n’y aurait aucun problème, que des « cadeaux » occasionnels de l’Esprit Saint ! Nous faisons pourtant face à une situation beaucoup plus large et beaucoup plus complexe. Je m’explique…

Il existe une loi dans l’Église catholique, une loi qu’au Québec on essaie de prendre au sérieux parce qu’on trouve qu’elle est tout à fait fondée : pour être parrain ou marraine, il faut être confirmé ! Je déplore d’ailleurs personnellement les tentatives pour la contourner, et encore plus le fait de se boucher les yeux en n’osant pas vérifier l’état de confirmé des éventuels parrains et marraines. Cela dit, la décision prise par les évêques québécois de chercher à respecter cette exigence entraîne des répercussions directes dans nos services du catéchuménat !

Même si le nombre des demandes de baptême de petits enfants est en diminution chez nous, il diminue nettement moins vite que le nombre des confirmations de jeunes. Or il faut des parrains à ces enfants à baptiser. Sauf que, dans notre belle société québécoise devenue fortement sécularisée, le réflexe persistant de faire baptiser les bébés s’accompagne de moins en moins d’une éducation dans la foi chrétienne. Dans ce contexte, les parrains et marraines sont généralement choisis dans un cercle de parents ou d’amis proches, sans se soucier de la dimension religieuse de la fonction, et bien évidemment sans connaître l’exigence canonique de confirmation. Puis, quand on prend conscience de cette norme, on réalise bien souvent que la condition n’est pas remplie. On appelle alors à l’Église, avec une motivation explicite : que la situation soit régularisée de la façon la plus efficace possible, donc le plus rapidement possible. En fait, bien souvent, la date du baptême a déjà été arrêtée et la fenêtre de temps est bien courte.

En conséquence, en plus de la vingtaine de catéchumènes proprement dits, le Service du catéchuménat du diocèse de Québec a dû prendre en compte cette année environ 500 demandes de confirmation d’adultes ! Et dans la majorité des plus petits diocèses, alors que les demandes de baptême d’adultes sont encore rarissimes, les demandes de confirmation d’adultes sont là aussi en augmentation constante. Vous aurez compris que ces demandes sont en très grande majorité le lot de demandeurs qui sont de tradition et de culture québécoise sécularisée. On est donc en plein contexte de « nouvelle évangélisation ».

Voilà, le décor est planté ! Des « sacrements qui tournent à vide », disions-nous tout à l’heure. Nous faisons nôtre, au Québec, cette situation présentée par le pape :

Il est évident que s’est produite dans certaines régions une « désertification » spirituelle, fruit du projet de sociétés qui veulent se construire sans Dieu ou qui détruisent leurs racines chrétiennes. Là « le monde chrétien devient stérile, et s’épuise comme une terre surexploitée, qui se transforme en sable ». Mais « c’est justement à partir de l’expérience de ce désert, de ce vide, que nous pouvons découvrir de nouveau la joie de croire, son importance vitale pour nous, les hommes et les femmes. Dans le désert, on re­découvre la valeur de ce qui est essentiel pour vivre; ainsi dans le monde contemporain les signes de la soif de Dieu, du sens ultime de la vie, sont innombrables bien que souvent exprimés de façon implicite ou négative. Nous sommes appelés à être des personnes-amphores pour donner à boire aux autres.

EG 86

 

La question se pose donc avec force : quelle démarche proposer, dans ce contexte où la plupart des candidats montrent au départ une disponibilité de temps et de cœur assez limitée ? Pour dénouer l’impasse, il faudra donc apprendre à penser autrement, repenser de façon globale la proposition. Pour ce faire, le pape nous stimule :

La pastorale en terme missionnaire exige d’abandonner le confortable critère pastoral du « on a toujours fait ainsi ». J’invite chacun à être audacieux et créatif dans ce devoir de repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes évangélisatrices de leurs propres communautés.

EG 33

Le Christ peut toujours, avec sa nouveauté, renouveler notre vie et notre communauté. (…) Jésus Christ peut aussi rompre les schémas ennuyeux dans lesquels nous prétendons l’enfermer et il nous surprend avec sa constante créativité divine. Chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui.

EG 11

 

« Récupérer la fraîcheur de l’Évangile », en ce qui concerne notre question, oblige à se demander : « pourquoi nos sacrements d’initiation n’initient-ils pas ? » Notre réponse toute simple, ouvre pourtant à de profondes remises en question de nos façons de faire : nos sacrements n’initient pas parce qu’ils ne sont pas déployés dans un véritable contexte d’initiation !

 

Mettre en place un cadre de fonctionnement qui soit réellement initiatique

Comme je l’ai présenté, chez nous, les motifs qui conduisent à une demande de type catéchuménal sont rarement nés d’un désir de connaître le Christ et l’Évangile. Ce que nous travaillons à changer, c’est l’attitude à adopter en face de ce type de demandes. Nous sommes convaincus, avec le pape, que

tous ont le droit de recevoir l’Évangile. Les chrétiens ont le devoir de l’annoncer sans exclure personne, non pas comme quelqu’un qui impose un nouveau devoir, mais bien comme quelqu’un qui partage une joie, qui indique un bel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Église ne grandit pas par prosélytisme mais « par attraction ».

EG 14

 

Comment être « attractifs » ? Comment présenter les choses d’une façon telle que notre offre n’apparaîtra plus aux yeux des demandeurs comme « les exigences à rencontrer afin d’avoir droit à un sacrement » ? La réponse ne se situe pas d’abord dans la modification d’une mécanique de fonctionnement. C’est l’esprit global de la proposition qui doit être repensé. Et, autant le dire, les changements dont je parlerai maintenant n’auront pas pour effet de diminuer les exigences. Par contre, il deviendra clair qu’il ne s’agit plus d’exigences d’accès à un sacrement mais des exigences mêmes qu’implique le fait d’entreprendre une marche à la suite du Christ.

Ce que nous cherchons à mettre en place, donc, c’est un dispositif global qui constituera une réelle proposition d’initiation à la foi chrétienne. Au cœur de cette notion, il y a le concept d’IDENTITÉ, comme on peut le comprendre du no 41 de Gaudium et spes, qui dit que « Quiconque suit le Christ, homme parfait, devient lui-même plus humain ». Ainsi, un processus d’initiation chrétienne doit être compris comme une proposition qui permette aux personnes qui vivent cette démarche de découvrir leur identité profonde d’être humain, par leur relation au Christ et à l’Église. Autrement dit, en principe, une personne est initiée à la fois chrétienne quand, pour elle, affirmer « je suis membre de l’Église catholique » signifie : «  Je trouve dans ma communion au Dieu de Jésus Christ et dans mon lien avec l’Église universelle et avec mes frères et sœurs des réponses satisfaisantes aux questions importantes de l’existence ainsi que des éléments déterminants de mon identité propre ». Rien de moins !

Voilà le rêve qu’il s’agit d’articuler dans la pratique, avec des personnes qui nous arrivent avec les motivations « administratives » dont on a parlé plus haut ! Jusqu’à maintenant, notre façon de faire était encore grandement inspirée de notre héritage de catéchèse destinée aux enfants : accueillir la demande, procéder à une inscription, donner un certain nombre de catéchèses, généralement articulées autour de thèmes considérés comme incontournables – Dieu, le Christ, la Bible, l’Église, la prière, les sacrements, etc. – préparer la célébration puis célébrer. Le tout dans le délai le plus bref possible pour « accommoder » les personnes demanderesses. Vous pouvez sans doute comprendre les frustrations ressenties par nombre de responsables pastoraux et, disons-le, par les évêques aussi. Il fallait affronter la question très sérieuse de ce que doit comporter une proposition qui soit de nature à ouvrir à la dimension identitaire dont j’ai parlé. Notre réflexion nous a conduits à considérer que la réponse à cette question tient à trois éléments déterminants :

 

  1. Accorder une place significative à un temps de « première annonce » préalable à la démarche catéchétique proprement dite ;
  2. Repenser totalement le processus par lequel une personne apprend ce qu’est la vie chrétienne – autrement dit le temps de la catéchèse d’initiation ;
  3. Faire sien le principe qui constitue l’articulation de tout le catéchuménat, celui que j’appelle, en m’inspirant du no 36 du RICA, le principe du « moment opportun » pour la célébration des sacrements de l’initiation chrétienne.

Ainsi énoncés, ces trois éléments peuvent sembler aller de soi. Pourtant, au regard de nos habitudes de chrétienté, les éléments que je vais maintenant vous présenter apparaissent comme des petites révolutions pastorales !

 

1-    Une place pour la « première annonce »

Le problème à l’origine de tout cela, nous l’avons dit, est lié à une différence profonde entre les motifs des demandeurs et la visée évangélisatrice portée par les responsables catéchuménaux. Comment tendre des ponts par-dessus ce fossé ? Il y faut tout d’abord la conviction énoncée par François :

À l’origine du fait d’être chrétien il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive.

EG 7

 

En conséquence, ce qui s’amorcera à partir des premiers contacts sera déjà orienté vers l’ouverture à la possibilité qu’ait lieu cette rencontre. Pour ce faire, le pape nous invite à comprendre que le temps de première annonce qui s’amorcera devra obligatoirement prendre le chemin du dialogue, de la CONVERSATION.

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Le premier moment consiste en un dialogue personnel, où l’autre personne s’exprime et partage ses joies, ses espérances, ses préoccupations pour les personnes qui lui sont chères, et beaucoup de choses qu’elle porte dans son cœur. C’est seulement après cette conversation, qu’il est possible de présenter la Parole (…) toujours en rappelant l’annonce fondamentale : l’amour personnel de Dieu qui s’est fait homme, s’est livré pour nous, et qui, vivant, offre son salut et son amitié. C’est l’annonce qui se partage dans une attitude humble de témoignage.

EG 128

Nous avons besoin de nous exercer à l’art de l’écoute, qui est plus que le fait d’entendre. Dans la communication avec l’autre, la première chose est la capacité du cœur qui rend possible la proximité, sans laquelle il n’existe pas une véritable rencontre spirituelle. C’est seulement à partir de cette écoute respectueuse et capable de compatir qu’on peut trouver les chemins pour une croissance authentique, qu’on peut réveiller le désir de (…) développer le meilleur de ce que Dieu a semé dans sa propre vie. (…) Il est indispensable de donner du temps, avec une immense patience.

 EG 171

Pour ce faire,

l’Église devra initier ses membres – prêtres, personnes consacrées et laïcs – à cet « art de l’accompagnement », pour que tous apprennent toujours à ôter leurs sandales devant la terre sacrée de l’autre (cf. Ex 3, 5). Nous devons donner à notre chemin le rythme salutaire de la proximité, avec un regard respectueux et plein de compassion mais qui en même temps guérit, libère et encourage à mûrir dans la vie chrétienne.

 EG 169

 

Au Québec, on parle beaucoup de cette première annonce, mais on commence à peine à comprendre sa dimension « conversationnelle » et donc informelle. On découvre lentement que, avant de s’engager dans une démarche structurée, il faut se donner ces espaces, ces « vestibules », comme aimait à le dire Benoît XVI. Oser se donner le droit de ce qui peut sembler aux yeux de certains une perte de temps, avec la conviction qu’il n’y a aucune démarche catéchétique qui puisse être réellement initiatique si elle ne peut pas s’appuyer sur ce qui aura commencé à prendre forme dans ce temps plus informel.

Ce à quoi nous invite le pape – mais il ne l’invente pas car c’est dans la dynamique même du processus d’évangélisation, c’est à apprendre à accueillir la demande telle qu’elle est formulée, avec les motifs plus ou moins parfaits qui en sont l’origine, et de s’y appuyer pour entrer dans une conversation qui prend en compte les aspirations de la personne pour se diriger progressivement vers des questions de SENS. Dans cette conversation, la personne responsable n’enseigne pas, elle n’assène pas son Évangile de façon intempestive, elle écoute d’abord. Et si elle parle, que ce soit sous mode de témoignage, c’est-à-dire en nommant ce qui la fait vivre, elle.

Bien sûr, tout cela suppose que la personne demanderesse accepte d’entrer dans cet espace de conversation. C’est pourquoi il est absolument nécessaire que les premiers contacts n’abordent pas des questions liées à la date de la célébration ou au nombre de rencontres requises, ce qui bouche automatiquement tous les horizons. La conversation portera sur le SENS et les objectifs de ce que propose l’Église, de façon à ce que la personne soit mise en face de sa propre liberté d’accepter ou non cette proposition.

Pendant combien de temps converse-t-on ? Là-dessus, il convient de rappeler les principes explicites du RICA et du Directoire général pour la catéchèse. Je cite le RICA,  aux nos 71 et 72, où il est question du moment de la célébration d’entrée en catéchuménat :

Cette première étape sera célébrée lorsque les candidats auront reçu une première annonce du Dieu vivant et manifesteront un début de foi au Christ Sauveur. Cela suppose une conversion initiale, une volonté de changer de vie et d’entrer en relation avec Dieu dans le Christ (…) On examinera les motifs de la conversion et on prendra le temps nécessaire pour les purifier, si besoin est.

 

Une pratique de ce type existe maintenant à Montréal, où un accompagnement individuel, de durée non-déterminée a priori, généralement entre 3 et 6 mois, précède désormais le moment où s’amorcera la catéchèse. Voilà ce dont il faut s’inspirer ailleurs au Québec : donner une place suffisante à cette première annonce, avec tout son caractère kérygmatique mais très peu systématique, et apprendre à repérer les signes de cette « conversion initiale » qui est l’assise nécessaire à tout parcours initiatique. Dans le diocèse de Québec, le nouveau système qui est en train de se mettre en place, et dont je vous parlerai maintenant, permettra aussi qu’existe cette première annonce.

 

2-    Comment apprend-on la foi chrétienne ?

Et si la conversation conduit à une « conversion initiale », que proposer ensuite ? Autrement dit, comment apprend-on la foi chrétienne ? Le premier effet tangible de la sécularisation, c’est la disparition d’un environnement qui permette d’apprendre la foi chrétienne par immersion, par imprégnation. Dans le contexte disparu de cette époque de chrétienté, la catéchèse – ou plutôt le catéchisme – avait une fonction assez pointue : guider dans l’apprentissage des contenus de la « doctrine chrétienne », alors que le reste des éléments de la foi et de la vie chrétienne – liturgie, vie spirituelle, éthique, vie fraternelle – s’apprenait au gré de l’appartenance à une famille et à une communauté chrétienne.

Mais cela n’existe plus. Désormais, il faut repenser les modes d’apprentissage de la vie chrétienne, en prenant en compte qu’il ne peut pas s’agir uniquement d’apprendre les « contenus » de la foi. Parlant de l’initiation chrétienne, le Directoire général pour la catéchèse précise :

Cette formation organique est plus qu’un enseignement: elle est un apprentissage de toute la vie chrétienne, qui permet une vie authentique à la suite du Christ, centrée sur sa Personne. Il s’agit, en effet, d’éduquer à la connaissance et à la vie de foi, de sorte que l’homme tout entier, dans ses expériences les plus profondes, se sente fécondé par la Parole de Dieu.

(DGC 67)

Or cet apprentissage intégral ne peut pas se réaliser par des catéchèses de type traditionnel, où un groupe de catéchumènes est réuni dans une salle pour recevoir un enseignement.

 

Apprendre par « fréquentation »

communionLe pari que nous faisons dans mon diocèse pourra paraître bien ordinaire à certains d’entre vous. Pour nous, il s’agit pourtant d’une approche qui implique une transformation en profondeur du fonctionnement de nos communautés chrétiennes. Désormais, les communautés chrétiennes ne référeront plus les catéchumènes au Service diocésain du catéchuménat. Elles accueilleront elles-mêmes ces catéchumènes, d’abord pour le temps du dialogue de première annonce dont j’ai parlé tout à l’heure, mais aussi pour prendre en charge leur apprentissage de la vie chrétienne, et ce sous le mode de la « fréquentation » des divers pôles de la vie communautaire, en veillant à ce que chacun de ces lieux d’appartenance contribue à nourrir la vie intérieure et spirituelle des catéchumènes :

  • L’appartenance durable à un groupe de partage de la Parole de Dieu ;
  • La participation à un nombre significatif de rassemblements fraternels (autres que l’eucharistie dominicale, évidemment) ;
  • L’implication dans un groupe ou l’autre d’engagement caritatif ou de promotion de la dignité humaine ;
  • La mise en relation étroite avec une personne accompagnatrice, qui saura conseiller le candidat tout en étant attentive aux indices qui expriment les avancées dans son cheminement.

Tout cela n’est que normal, diront certains. Il est bien vrai en effet que tous ces éléments de vie paroissiale et communautaire devraient exister pour le bienfait de la vie même de la communauté ET pour qu’elles assument leur mission dans le monde :

Je désire demander spécialement aux chrétiens de toutes les communautés du monde un témoignage de communion fraternelle qui devienne attrayant et lumineux. Que tous puissent admirer comment vous prenez soin les uns des autres, comment vous vous encouragez mutuellement et comment vous vous accompagnez : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,35).

EG 99

Pourtant, dans les faits, il semble bien que l’obligation de former les catéchumènes dans un cadre nouveau aura l’effet d’un véritable révélateur de la vitalité de nos communautés chrétiennes. Car pour le moment, les groupes de partage de la Parole sont encore rares, les activités fraternelles sont peu nombreuses et souvent articulées autour du rassemblement dominical et les groupes à caractère caritatif ne fonctionnent pas nécessairement d’une façon qui sache faire place à des « nouveaux » en phase d’initiation chrétienne.

Pour plusieurs, le chantier paraît énorme. Pourquoi ? Parce que, derrière la problématique communautaire se cache un mal encore plus profond. Ce n’est pas pour rien que le pape ouvre ainsi son exhortation :

J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse.

(EG 3)

Je ne sais ce qu’il en est dans vos Églises respectives, mais chez nous cela pose de grandes questions. Pourtant, on sent bien que la qualité de la vie communautaire tout comme la possibilité d’un témoignage missionnaire reposent entièrement sur le fait que les personnes qui forment ces communautés chrétiennes aient eux-mêmes été d’abord « saisis par le Christ », pour prendre cette si profonde expression de Paul.

Il est donc clair qu’on ne peut pas faire l’économie de la conversion missionnaire dont il s’agit et qui, chez nous, est mise au jour par les transformations de notre modèle catéchuménal. Nous l’avons dit, il s’agit pour les catéchumènes d’apprendre la vie chrétienne d’une façon telle que cela devienne partie prenante de leur identité personnelle et qu’ils y aient découvert sens pour leur existence. Seule une plongée sérieuse dans une expérience de vie communautaire et fraternelle, nourrie de la Parole de Dieu, saura favoriser cette initiation. Une expérience de vie communautaire qui soit aussi, et d’abord, la mise en relation avec des sœurs et des frères qui sont eux-mêmes animés par une communion intime avec le Christ.

 

Parole de Dieu et catéchèse

Dans cette conversion des modes d’initier, qu’arrive-t-il avec les catéchèses proprement dites, c’est-à-dire les lieux d’apprentissage explicitement doctrinal ? Pour cela, à Québec, nous nous laissons inspirer par l’articulation des liturgies catéchuménales. Vous savez tous que, lors de l’entrée en catéchuménat, le livre de la Parole de Dieu est remis aux nouveaux catéchumènes afin qu’ils en fassent en quelque sorte leur « lecture de chevet ». Par ailleurs, vous savez aussi que la Traditio symboli est un rite qui trouve sa place normale pendant le temps de la purification et de l’illumination, donc très près de la fin du temps de l’initiation. Cela dit quelque chose des modes d’apprentissage des contenus de la foi : pour un catéchumène, l’outil normal et habituel de découverte de ce à quoi croient les chrétiens, c’est la Bible. Dans l’Église de Québec, nous faisons donc le pari auquel nous invite le pape, fidèle en cela au Directoire : afin que « l’homme tout entier, dans ses expériences les plus profondes, se sente fécondé par la Parole de Dieu », François insiste :

partageevangeliqueL’étude de la Sainte Écriture doit être une porte ouverte à tous les croyants. Il est fondamental que la Parole révélée féconde radicalement la catéchèse et tous les efforts pour transmettre la foi. 

EG 175

 

Ainsi, après des années d’une catéchèse catéchuménale essentiellement organisée autour d’une série de rencontres d’enseignement thématique, nous avons donc décidé de considérer qu’un apprentissage du contenu de la foi par fréquentation de la Parole de Dieu, en présence de frères et de sœurs de la communauté chrétienne au sein de groupes de partage de la Parole était de nature à permettre une intégration plus profonde, plus existentielle, du kérygme. Comme le dit François,

une pastorale en terme missionnaire n’est pas obsédée par la transmission désarticulée d’une multitude de doctrines qu’on essaie d’imposer à force d’insister. Quand on assume un objectif pastoral et un style missionnaire, l’annonce se concentre sur l’essentiel, sur ce qui est plus beau, plus grand, plus attirant et en même temps plus nécessaire. La proposition se simplifie, sans perdre pour cela profondeur et vérité, et devient ainsi plus convaincante et plus lumineuse.

EG 35

Surtout, si l’on considère que « le but définitif de la catéchèse est de mettre quelqu’un en communion, en intimité avec Jésus Christ » (DGC 80), cette catéchisation par la mise en rapport avec la Parole est en fait une mise en rapport avec le Christ-Verbe lui-même !

Sur la bouche du catéchiste revient toujours la première annonce : « Jésus Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour te libérer ». Quand nous disons que cette annonce est “la première”, cela ne veut pas dire qu’elle se trouve au début et qu’après elle est oubliée ou remplacée par d’autres contenus qui la dépassent. Elle est première au sens qualitatif, parce qu’elle est l’annonce principale,(…) que l’on doit toujours annoncer de nouveau durant la catéchèse sous une forme ou une autre, à toutes ses étapes et ses moments.

EG 164

 C’est d’ailleurs ce qui est extraordinaire avec une catéchèse basée sur la Parole de Dieu : chaque passage, quel qu’il soit, peut toujours être mis en rapport avec la mort-résurrection du Christ et la proposition de sens que porte la foi en ce kérygme. De plus,

on ne doit pas penser que dans la catéchèse le kérygme soit abandonné en faveur d’une formation qui prétendrait être plus « solide ». Il n’y a rien de plus solide, de plus profond, de plus sûr, de plus consistant et de plus sage que cette annonce. Toute la formation chrétienne est avant tout l’approfondissement du kérygme qui se fait chair toujours plus et toujours mieux. C’est l’annonce qui correspond à la soif d’infini présente dans chaque cœur humain.

EG 165

 

Chez nous, ce sera donc seulement après un temps significatif d’apprentissage sous ce mode que trouveront place un certain nombre de catéchèses systématiques. À ce moment du parcours, ces catéchèses apparaîtront aux yeux des catéchumènes comme des synthèses d’éléments déjà intégrés grâce à la fréquentation des Écritures ou grâce à la participation à d’autres espaces de vie communautaire et fraternelle. Le contenu spécifique de ces catéchèses reste à déterminer, mais on peut envisager que le crédo servira d’ossature à ce parcours-synthèse, mettant ainsi la table à une éventuelle Traditio symboli. Ainsi, quand les candidats découvriront ce Symbole qui présente, en une série de formules lapidaires, l’essentiel du « dépôt de la foi », ils seront aptes à faire les liens avec la foi qu’ils ont progressivement développée au fil de leur parcours, ouvrant alors à une redditio symboli qui, bien plus qu’une formalité liturgique, sera l’expression verbale d’une initiation chrétienne accomplie, dans l’esprit du Directoire. Rappelons ici le no 67 cité plus haut, en y ajoutant la fin :

Cette formation organique est plus qu’un enseignement: elle est un apprentissage de toute la vie chrétienne, [pour] que l’homme tout entier, dans ses expériences les plus profondes, se sente fécondé par la Parole de Dieu. Le disciple du Christ sera ainsi aidé à transformer le vieil homme, à assumer les promesses de son Baptême et à professer la foi à partir du « cœur ».

 

Une expression du même ordre revient à trois reprises dans le Directoire, apparaissant ainsi comme l’affirmation la plus forte de ce qui doit être visé dans un parcours d’initiation chrétienne :

La catéchèse est la forme particulière du ministère de la Parole qui fait mûrir la conversion initiale, jusqu’à ce qu’elle devienne une profession de foi vivante, explicite et agissante.

(DGC 82)

 Je ne sais pas si vous percevez l’ampleur du changement dont j’essaie de rendre compte : à revers du modèle de catéchuménat qui s’était mis en place dans le diocèse de Québec, désormais, le processus s’amorcera par une « conversation » informelle, de durée indéterminée, destinée à susciter une conversion initiale sans laquelle le catéchuménat proprement dit ne commencera pas. Puis, quand on y viendra, ce ne sera pas pour se consacrer à de l’enseignement, mais pour guider la plongée dans une expérience de familiarisation avec la Parole de Dieu et d’appartenance ecclésiale.

Je sais bien qu’il y a quelque chose d’idéaliste, d’utopique dans cette articulation nouvelle que nous envisageons pour nos parcours d’initiation chrétienne d’adultes. À vrai dire, nous entretenons même l’espoir que cette mise en œuvre en vienne à inspirer une transformation de nos pratiques catéchétiques et initiatiques pour les plus jeunes. Nous n’en sommes pour le moment qu’à cette étape préliminaire où les équipes pastorales auxquelles sont confiées les communautés chrétiennes se voient confier cette responsabilité. Certains pasteurs en saisissent la portée, l’ampleur et les fruits potentiels. D’autres n’y voient pour le moment qu’une tâche de plus déversée chez eux – alors qu’en fait, quand on y pense bien, les communautés chrétiennes auraient toujours dû être les premières responsables de toute initiation chrétienne.

 

3-    Célébrer « avec fruit en temps opportun »

appeldecisifLes dernières citations du Directoire référaient à la profession de foi. On sait qu’il s’agit là d’abord d’un acte liturgique. Mais quand on y ajoute les mots « à partir du cœur » ou encore « vivante, explicite et agissante », on voit bien que ce qui est en jeu ici, c’est l’articulation entre une expression rituelle et des dispositions intérieures. À quel moment cette profession de foi liturgique a-t-elle lieu ? Lors du baptême – pour un catéchumène – ou lors de la confirmation – pour un confirmand adulte.

Quand parut, il y a bientôt 20 ans, la version française du RICA, je m’y plongeai aussitôt. Quand je tombai sur le no 36, puis sur les notes pastorales de l’appel décisif, j’y trouvai ce qui deviendrait mon « cheval de bataille » pastoral, une véritable obsession qui me conduirait même à entreprendre sept ans plus tard une thèse de doctorat articulée essentiellement autour de ces quelques phrases. Je cite ici une partie du no 36, puis quelques expressions importantes des notes pastorales de l’appel décisif :

[L’initiation chrétienne des adultes] suppose une préparation; les candidats sont ainsi fortifiés spirituellement et conduits en temps opportun à recevoir avec fruit les sacrements de l’Église. (no 36)

 « L’appel décisif apparaît ainsi comme l’articulation de tout le catéchuménat » (no 128) ; « Jugés aptes, en raison de leurs dispositions, à participer à l’initiation sacramentelle au cours des prochaines fêtes pascales » (n127); « Auparavant, il est requis, de la part des catéchumènes » (no 128);  « chacun à sa place et à sa façon, donnent un avis fondé concernant les dispositions et les progrès des catéchumènes » (no 130);  « Pour que tout se fasse en vérité, il faut qu’avant le rite liturgique une délibération sur l’aptitude des candidats ait été tenue » (no 132)…

 

J’aime à répéter qu’on n’a pas compris grand-chose de l’essence d’une démarche catéchuménale tant qu’on n’a pas saisi le sens et la portée de l’appel décisif, dont on dit qu’il est « l’articulation de tout le catéchuménat » ! Je suis même convaincu que tous ces changements au processus catéchuménal qui sont en cours chez nous ne donneront rien si on ne va pas jusqu’au bout des principes en jeu dans les quelques extraits que je viens de citer : le moment opportun pour célébrer les sacrements de l’initiation chrétienne n’est pas lié à une série d’observances extérieures comme la durée ou le nombre de rencontres, mais à des dispositions intérieures. Et ce que nous dit le RICA, c’est que l’Église croit qu’il est possible de mettre en place des mécanismes de discernement communautaire qui permettront de repérer les indices que ces dispositions sont présentes chez le candidat, tout comme elle sait le faire pour l’admission à un ministère ordonné ou pour une profession dans un institut de vie consacrée.

Je ne peux pas étirer ici autant que je l’aimerais mes réflexions sur cet aspect. Je dirai simplement ceci : d’abord, le RICA, quand il parle de cet exercice de discernement, affirme qu’il en va de la vérité du geste sacramentel, ce que nous souhaitons tous ; ensuite, ce discernement est présenté non pas d’abord comme un jugement, mais bien comme un acte qui exprime la sollicitude de l’Église envers ses catéchumènes. Discerner, c’est AIMER ! Enfin, j’entends souvent des catéchètes pousser les hauts cris : « Qui suis-je, moi, pour décider si une personne peut recevoir un sacrement ou non ? » À cela, je réponds : « Vous avez raison : seul, vous n’êtes pas autorisé à le faire ! » Or justement, le discernement n’est pas affaire de décision individuelle mais bien mise en commun des observations et des intuitions portées par tout un groupe qui, en principe, a été présent au fil du parcours du catéchumène. Il s’agit d’un acte ecclésial, dans la pure logique de ce qu’est une initiation : l’admission dans un groupe où les personnes déjà initiées reconnaissent que les caractéristiques qui définissent l’appartenance à ce groupe sont suffisamment présentes chez un candidat pour qu’il puisse désormais être considéré comme membre du groupe, permettant de procéder aux rites qui affirment le changement de statut. Or on l’a vu avec les notes pastorales du RICA, dans la foi chrétienne, les caractéristiques en cause sont de l’ordre des « dispositions intérieures ». C’est pour cela que, en accord avec le concept de « moment opportun », le Directoire parlera d’une profession de foi « à partir du cœur » : apprendre le crédo pour le réciter « par cœur » est relativement facile ; le réciter « à partir du cœur » – j’ignore si ce jeu de mots en français fonctionne dans toutes les langues ! – suppose un processus de découverte et d’intégration de la foi dont on ne peut pas déterminer la durée a priori.

Aujourd’hui, mon mandat était de vous présenter la façon dont on réfléchit à la question du catéchuménat dans l’Église du Québec présentement. Je résumerai donc en disant que, chez nous comme en plusieurs endroits, nous sommes en face de trois chantiers majeurs, et qu’aucun d’eux n’est facultatif si on veut assumer vraiment et mettre en œuvre ce que j’appelle le « génie catéchuménal » :

  • Il faut repenser en profondeur tout ce par quoi une personne apprend ce qu’est la foi chrétienne, passant d’une catéchèse trop magistrale et trop thématique vers une proposition où la personne découvre les diverses facettes de la foi sous un mode de « fréquentation » : fréquentation de la Parole de Dieu partagée, présence assidue à la communauté fraternelle, insertion dans une forme d’implication sociale, etc.
  • Il faut assumer le principe du « moment opportun » et mettre en place les mécanismes de discernement qui le rendront effectif et qui permettront de conduire les candidats à une « profession de foi vivante, explicite et agissante.
  • Enfin, pour que tout cela soit possible, il faut accepter que le temps de l’initiation proprement dit soit précédé d’un temps significatif de première annonce sous forme de conversation plus ou moins organisée. Cela requiert la mise en place de « parvis » ou de « vestibules », où l’on peut fréquenter l’autre en terrain neutre ; cela requiert surtout d’accepter de faire exister cette période de précatéchuménat, sans diriger trop vite les gens vers nos structures et nos démarches bien cadrées.

Ce qui est particulièrement intéressant dans ce nouveau modèle, en plus de toute la revitalisation qu’il peut apporter à nos communautés chrétiennes, c’est qu’il ne requiert  pas de mettre en place un « service paroissial du catéchuménat » très élaboré, puisque l’essentiel de la formation se fait au moyen d’activités ordinaires de la vie de la communauté. Les catéchèses systématiques de fin de parcours, elles, seront probablement assurées par l’instance diocésaine. Ainsi, le seul service proprement catéchuménal que doit assurer la paroisse, c’est un mécanisme d’accueil des demandes, des « vestibules » de première annonce, ainsi qu’un service d’accompagnement individualisé des candidats. En conséquence, la compétence essentielle – et pratiquement la seule à vrai dire – qu’on devra attendre de ceux et celles qui s’impliqueront dans le catéchuménat paroissial, c’est une compétence pour le dialogue pastoral, ce pour quoi nous avons commencé à donner des formations spécifiques à Québec et en divers diocèses de la province.

 

Conclusion

J’ai commencé cette réflexion en vous présentant l’état de la question chez nous au Québec, où la majorité des candidats sont en fait des demandeurs de confirmation, dans un contexte de « régularisation de leur situation » qui, il est vrai, ne laisse pas beaucoup de place, au départ, au type de cheminement large, global, que je viens d’exposer. Voilà pourquoi le temps de la première annonce ou du précatéchuménat prend alors une importance déterminante.

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La première annonce doit donner lieu à un chemin de formation et de maturation, (…) ce qui implique de prendre très au sérieux chaque personne et le projet que le Seigneur a sur elle. Chaque être humain a toujours plus besoin du Christ, et l’évangélisation ne devrait pas accepter que quelqu’un se contente de peu, mais qu’il puisse dire pleinement: « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20).

EG 160

 

 

__________________________________

 

Il y a bientôt 20 ans, je commençais personnellement une réflexion en profondeur sur les transformations que devraient connaître nos processus d’initiation chrétienne. À cette époque, les pistes de réflexion que je proposais étaient accueillies avec un petit « sourire en coin » Après mon doctorat, on me confia le mandat explicite de proposer des moyens de transformer les pratiques d’initiation chrétienne pour tous les âges. C’est avec un mélange de fierté et d’humilité que je constate aujourd’hui que des intuitions que je porte très fort depuis des années sont maintenant à la source d’un projet global non pas uniquement de transformation du catéchuménat mais aussi, par répercussion, de transformation en profondeur de la vie de nos communautés.

Bien sûr, ces réflexions, tant les miennes que celles de nos diocèses québécois,  ont précédé la parution d’Evangelii gaudium. Pourtant, cette parution l’an dernier a constitué un puissant moteur pour stimuler les avancées que requiert notre situation de postchrétienté. Le chantier qui se présente à nous donne un peu le vertige. Pourtant, soutenue par l’exhortation de notre souverain pontife, l’Église de Québec avancera sur ce chemin, en se sachant observée par les autres diocèses québécois – et maintenant par quelques autres diocèses représentés ici! J’espère que ces quelques réflexions auront résonné avec quelque pertinence là où l’on s’interroge sur les fruits de ses pratiques catéchuménales.

Désormais, il nous faut avancer, convaincus que

nous parvenons à être pleinement humains quand nous sommes plus qu’humains, quand nous permettons à Dieu de nous conduire au-delà de nous-mêmes pour que nous parvenions à notre être le plus vrai. Là se trouve la source de l’action évangélisatrice. Parce que, si quelqu’un a accueilli cet amour qui lui redonne le sens de la vie, comment peut-il retenir le désir de le communiquer aux autres?

EG 8

 

Daniel Laliberté, juin-juillet 2014




[1]     Petite précision géographique : j’habite dans une province du Canada qui s’appelle LE Québec. La capitale de cette province porte aussi le nom de Québec. Comme partout dans le monde, cette ville est le siège d’un diocèse, le diocèse de… Québec, qui est mon propre diocèse d’origine.

[2]     Prêtre et pasteur, avril 2014.

Juin 03

Le directeur du CCQ en congrès au Chili

DEM_3066Du 21 au 25 juillet prochain se tiendront les 3es Assises internationales du catéchuménat à Santiago, Chili.

Daniel Laliberté, directeur du Centre catéchétique, a été invité à y participer à titre de personne-ressource.

Il y donnera notamment une conférence sur le thème:
Initier en mode catéchuménal – L’état de la question dans le Québec francophone, à la lumière d’Evangelii gaudium.

On reconnaît là un thème qu’il a abondamment travaillé, le « modèle catéchuménal ». Ce qu’on lui demandait au point de départ, c’était de présenter l’état de la question en matière de réflexion ainsi que de transformation des pratiques dans le Québec actuel.

C’est lui qui a décidé d’y ajouter le volet « à la lumière d’Evangelii gaudium, ce qui dénote le fait que ce texte du pape François porte une réflexion très bien articulée sur les rapports entre la première annonce et la catéchèse, ce qui est au coeur des enjeux actuels de transformation du catéchuménat.

En effet, comme il cherchera à le mettre en évidence, il ne s’agit plus, vraiment plus, de préparer des personnes à recevoir des sacrements, il s’agit d’entrer en dialogue avec ces personnes demanderesses pour un premier temps significatif de « conversation évangélique » centrée sur le kérygme, pour ensuite les inviter, si désir il y a, à plonger dans une expérience d’apprentissage de la vie de disciple du Christ au sein d’une communauté chrétienne.

Tout ça est présent dans Evangelii gaudium, et tout ça est présent dans nos intuitions reliées au « modèle catéchuménal ».

Souhaitons que la prise de parole de Daniel à Santiago soit l’occasion d’une interpellation, à partir de nos perspectives québécoises, pour une avancée dans les pratiques catéchuménales dans plusieurs contrées de notre monde.

Juin 02

Catéchèse et pédagogie / Outil à venir

ktpedagogieLe Centre catéchétique, en collaboration avec la paroisse St-Benoît abbé de Québec, a donné à deux reprises une formation intitulée « Catéchèse et pédagogie », et axée sur la prise en compte de l’évolution psychologique des enfants avec les conséquences pédagogiques que cela entraîne quand vient le temps de leur proposer des démarches catéchétiques.

Cette session a été captée sur vidéo, et nous sommes en train de créer un outil d’appropriation de cette journée pour les personnes qui n’ont pas pu y participer.

Des guides d’animation accompagneront les diverses séquences vidéos des prises de parole de la journée, de façon à permettre aux personnes de vraiment s’approprier le contenu.

Nous vous ferons savoir dès que cet outil sera disponible sur DVD.

 

En attendant, un résumé vidéo est disponible sur ECDQ.tv.

Avr 09

Journée Novalis – Catéchèse et liturgie – Après-midi

"De naissance en naissance..."

Suite du bilan de la journée du 15 mars…        (cliquer ici pour la première partie)

L’après-midi de notre journée de formation et de réflexion fut réparti en deux temps:

  • Une liturgie catéchétique autour du geste de l’eau (animée par Yves Guérette)
  • Un 2e expposé sur les liens entre catéchèse et liturgie (proposé par Daniel Laliberté)

Liturgie catéchétique

Catéchèse biblique liturgique

Nous nous sommes tous retrouvés à la chapelle en début d’après-midi pour une « liturgie catéchétique » guidée par Yves Guérette. Après la proclamation du bien connu passage évangélique de la tempête apaisée, chacun était invité, sans plus d’explication pour le moment, à venir se signer avec l’eau bénite. L'eau qui fait "passer vers l'autre rive"Il faut se rappeler que la journée avait commencé par un exercice de tentative d’explication du rite de l’immmersion. Ici, nulle explication requise, chacun sentant implicitement la portée symbolique du geste posé: chacun, chacune était replongé dans l’eau de son baptême, réaffirmant sa mort au péché et son désir d’une vie éternelle en Dieu.

Mais, parfois, ce qui « va sans dire » va encore mieux quand, après coup, on renchérit sur la signification, ce que nous avons pu faire avec Yves comme guide.

Il attirait notre attention sur quelques expressions-clefs du texte proclamé.

Et si c'était ça, "passer vers l'autre rive"!Par exemple: « fantôme ». S’agit-il uniquement d’un mot désignant l’effet psychologique provoqué chez les apôtres par la vue de Jésus s’approchant? Mais un fantôme, n’est-ce pas quelqu’un qui est revenu de la mort? Et « passer sur l’autre rive », est-ce une simple allusion à un déplacement géographique? N’est-ce pas plutôt une expression désignant traditionnellement le passage de la mort à la vie? Et, dans ce texte, en traversant l’eau

On découvrait ainsi progressivement comment ce texte, même s’il se situe chronologiquement avant la mort de Jésus – comme la majorité des passages évangéliques bien sûr – est au fond un texte pascal et postpascal.

  • postpascal, parce qu’il est évident qu’il a été écrit après la résurrection. Cela nous rappelle que tout récit évangélique est destiné d’abord aux disciples du Christ – ceux de tous les temps – et doivent être reçus et lus à la lumière de la Résurrection;
  • pascal, parce que non seulement ce texte doit être lu à la lumière de la Résurrection mais aussi parce que, encore plus fondamentalement, il parle essentiellement de la Résurrection.

On n’insistera jamais assez sur ce point! Combien de fois nous arrêtons-nous, en lisant ou commentant un passage d’évangile, sur la psychologie de Jésus ou de ceux qui l’entourent: Nicodème est un peu simplet, de penser que Jésus parle de retourner dans le sein de sa mère (Jn 3); de même pour les Pharisiens, qui discutent « cannibalisme » alors que Jésus parle de donner son corps à manger (Jn 6); ou les « ingrats » fils de Zébédée qui, sous l’influence de leur mère, veulent « avoir les premières places ». On pourrait allonger la liste. Mais est-ce de psychologie dont il s’agit? Lus à la lumière de Pâques, ces passages changent complètement de couleur: les apparents « états d’âme » des personnages deviennent des moyens littéraires utilisés par l’auteur pour mettre en évidence la pointe du texte: Christ est mort, Christ est ressuscité, nous sommes appelés à passer avec lui de la mort à la vie. On ne parle pas ici uniquement du récit utilisé ce jour-là, celui de la tempête apaisée. TOUS les évangiles affirment cela d’une façon ou d’une autre: ils sont tous kérygmatiques, ils sont tous profondément catéchétiques…

Juste un peu d'eau... vive!Un autre élément fort se dégageait de notre réflexion de cet après-midi – il s’agissait en fait de la raison pour laquelle l’équipe d’organisation avait placé cette célébration en début d’après-midi – : l’ancrage profondément biblique de tous nos gestes symboliques. S’agit-il d’expliquer le geste de l’eau, comme on a tenté de le faire le matin? Comment y arrriver sans un solide appui biblique, tant il est évident que l’eau est un symbole transversal à toutes les Écritures. Cela mettait ainsi la table à la suite de notre réflexion: le langage liturgique, même s’il plonge ses racines dans une symbolique universelle, prend couleur spécifiquement chrétienne de deux façons: d’une part en activant la mémoire des disciples qui y participent, en les renvoyant à l’annonce kérygmatique et à la catéchèse qui les a rendus disciples et, d’autre part, par l’utilisation de la « Parole qui accompagne le geste », une parole qui est elle-même formulée dans un genre littéraire propre à la liturgie.

Ces deux dimensions font bien ressortir le fait que, pour avoir accès à la signification la plus pleine possible d’un geste symbolique, il faut avoir été initié. C’est ce que la suite voulait mettre en évidence…

 

De la catéchèse à la liturgie… à la catéchèse

1- De la nature de la liturgie

Conférence de Daniel LalibertéLa réflexion proposée par Daniel voulait mettre en évidence comment, même si la liturgie peut être elle-même catéchisante, la capacité d’entrer en liturgie pour y « entendre, voir, toucher, contempler le Verbe de vie » suppose déjà un certain niveau d’initiation à la foi chrétienne. Cela tient au « genre littéraire » liturgique: une atmosphère particulière, le recours à des gestes symboliques dont la signification spécifiquement chrétienne ne se repère pas spontanément et, enfin, un type de discours volontairement poétique, tout cela afin de rejoindre la nature humaine par les sens et l’élever vers le « Beau absolu » qu’est Dieu. Certes, la foi chrétienne se dit très fortement dans la liturgie – Lex orandi, lex credendi –, mais elle n’est « audible » comme foi spécifiquement chrétienne que par celui ou celle qui sait y reconnaître le Dieu dont une initiation préalable a commencé à lui ouvrir le mystère.

Pour nous conduire dans cette réflexion, Daniel a commencé par nous rappeler quelques éléments essentiels de la NATURE de la liturgie. Dans un premier temps, il a voulu mettre en évidence la spécificité du langage liturgique, avec son recours aux gestes symboliques et à une façon de dire les choses qui, pour être comprise, demande à être constamment mise en lien avec le coeur de la foi chrétienne.

Partant de là, il a mis en évidence comment la liturgie n’est compréhensible que quand on y est ENGAGÉ ou, pour le dire autrement, comment la liturgie est faite pour des initiés. Ce qui nous renvoie automatiquement à la catéchèse comme moyen d’initiation, initiation non pas à la liturgie elle-même, mais initiation à la foi chrétienne qui est proclamée, professée dans la liturgie..

La Parole qui accompagne

2- De la nature de la catéchèse

Puis, comme il s’agissait de réfléchir aux rapports entre catéchèse et liturgie, la réflexion sur la nature de la liturgie appelait tout naturellement quelques éléments relatifs à la nature de la catéchèse. Daniel a abordé ici essentiellement la question des objectifs de la catéchèse. Il citait deux passages déterminants du Diretoire général pour la catéchèse, deux pasages de plus en plus connus par les catéchètes:

  • Le but définitif de la catéchèse est de mettre en communion intime avec le Christ (DGC 80);
  • L’objectif de la catéchèse d’initiation est la profession de foi vivante, explicite et agissante. (DGC 82)

Il rapelait que la « communion intime avec le Christ », but de toute catéchèse, n’est pas le spécifique de celle-ci, puisque toute la vie spirituelle vise cette communion au Christ. S’agissant de la catéchèse, Daniel utilisait l’expression apprendre pour aimer, à l’instar de Paul qui souhaite connaître le Christ, de communier à sa mot et sa résurection, de chercher à continuer à saisir, parce que j’ai moi-même été saisi par le Christ.2 (cf. Ph 3)

La catéchèse nous situe donc francement dans le domaine de l’apprentissage, c’est-à-dire d’une façon de découvrir qui passe autant par l’expérience que par la connaissance. Et, quand la catéchèse se situe dans le temps de l’initiation, elle est portée par cet objectif mentionné plus haut: la profession de foi vivante, explicite, agissante. Ici se rejoingent catéchèse et liturgie. Car la profession de foi dont il s’agit, c’est d’abord cette capacité personnelle à nommer le Christ comme celui en qui j’ai confiance, qui donne sens à ma vie. C’est aussi cete capacité à reconnaître le Dieu en qui je me fie dans les énoncés traditionnels de la foi chrétienne, ceux qui sont synthétisés dans le crédo. Car la foi chrétienne n’st pas n’importe quelle adhésion à un vague « gars d’en haut », mais bien la foi explicite au Dieu incarné, mort et ressuscité dont par le la foi chrétienne. C’est donc cette foi qui sera professée solennellement lors de la célébration liturgique qui conclura le temps de l’initiation: la confirmation ou, pour les catéchumènes, la célébration commune des trois sacrements. Ainsi, la nature même de la catéchèse d’initiation, destinée à construire l’identité de disciple du Christ et de membre de l’Église, appelle lConférence de Daniel Lalibertéa profession liturgique de cette foi.

Cliquez sur l’icône ci-contre pour l’entendre de la bouche même de Daniel.

 

3- Le « seuil de disponibilité »

Ayant mis en place ces éléments fondamentaux liés à la nature de la liturgie et de la catéchèse, Daniel poursuivait sa réflexion sur les raports entre les deux en mettant en évidence un paradoxe: d’une part, la liturgie est faite pour des initiés mais, d’autre part, elle ne se comprend qu’en y étant engagé – et pas seulement spectateur. Mais alors, comment fait-on pour entrer en liturgie en étant suffisamment initié?

Dans un premier temps, en écho direct à l’activité matinale, Daniel montrait comment il est inutile de vouloir pallier cette lacune en expliquant d’avance le sens des gestes symboliques. La raison en est simple: bien expliquer un geste liturgique suppose de revisiter tout le coeur de la foi chrétienne; qui plus est, l’explication théorique ne suffit pas, elle appelle naturelement une expérience de communion au Christ.

La piste à privilégier, selon Daniel, est celle qu’il appelle la disponibilité: par une catéchèse consistante, centrée sur le coeur de la foi chrétienne et marquée par une importante plongée dans la Parole de Dieu, conduire les catéchisés à un « seuil de disponibilité », c’est-à-dire a une intégration personnelle suffisante du mystère chrétien pour que, en entendant ce mystère proclamé et professé dans sa forme liturgique, ils y entendent, y voient, y touchent, y contemplent le Verbe de vie que la catéchèse leur a donné de découvrir.

On aura ici compris qu’il ne s’agit pas d’une brève initiation sacramentelle, mais bien d’un parcours d’initiation qui « prend son temps ». C’est d’autant plus déterminant que, quand il s’agit d’initiation chrétinne, les catéchisés sont conduits vers une célébration où ils professeront la foi en utilisant le crédo de l’Église, dans une liturgie òù cette foi au Christ à laquelle ils diront adhérer sera aussi professée de toutes sortes d’autres façons. La catéchèse qui précède la liturgie, donc, ne peut pas être qu’une simple introduction aux rudiments de la foi chrétienne, elle doit être une initiation intégrale qui permette d’utiliser en vérité ce « formulaire le plus engageant de la vie chrétienne » que constitue le crédo.

Certes, dans cette approche, tout ne sera pas compris de façon parfite lors de la célébration. Il s’agit de chercher à faire en sorte que a proclamation liturgique de la foi résonne en eux de façon suffisante, de façon significative. Avec la conviction que tout ne sera pas terminé par la célébration liturgique. Une porte s’ouvre ici sur la Conférence de Daniel Lalibertécatéchèse mystagogique.

Vous trouverez en cliquant sur la vignette ci-contre l’explication qu’a donnée Daniel du concept de « seuil de disponibilité ».

 

4- De la liturgie vers la catéchèse… la mystagogie

Pour conclure cette réflexion, Daniel nous proposait une ouverture sur cette mystérieuse avenue si fréquemment évoquée depuis quelques années en catéchèse: la mystagogie. Il en donnait d’abord une brève définition, faisant ressortir qu’il s’agissait d’une pratique catéchétique, donc d’une action destinée à aller plus loin dans l’apprentissage du mystère chrétien. Son principe: s’appuyer sur ce qui fut vécu dans la célébration liturgique pour en faire une relecture qui mettra en évidence la foi qui y fut vécue, proclamée, professée. Cette pratique s’appuie donc sur la dimension psycho-émotive de la célébration, autrement dit par ce qui fut ressenti par les sens – « vu, entendu, touché… ». C’est en partant de ce vécu que la mystagogie travaille à y faire nommer le « Verbe de vie », c’est-à-dire la foi proprement chrétienne exprimée dans le langage propre de la liturgie: atmosphère, gestes, paroles…

Daniel concluait par une mise en garde: la mystagogie peut constituer une vraie « boîte de Pandore »! Pourquoi? Parce que, pour porter fuit, ctte pratique mystagogique ne peut pas s’appuyer seulement sur la célébration liturgique, mais bien sur celle-ci ET sur la catéchèse qui l’a précédée. Si le seul appui se trouve dans le vécu liturgiqe, on aura assurément quelque chose à dire de ce qui fut « vu, entendu… ». Mais pour qu’y ait été reconnu le « Verbe de vie », il faut que celui-ci soit déjà sufisamment présent au coeur des participants à la liturgie, ce qui renvoie à la qualité de la catéchèse qui aura précédé, de façon abondante, la célébration. Voilà pourquoi il s’agit d’une pratique « risquée »: il faut se demander si, dans l’état actuel des choses, la mystagogie n’aurait pas pour conséquence de mettre en évidence une certaiune pauvreté des parcours catéchétiques antérieurs aux célébrations des sacrements de l’initiation chrétienne.

Conférence de Daniel LalibertéPratique pleine de potentiel, donc, que la mystagogie. À condition que…

On peut ici écouter Daniel parler de mystagogie.

 

Vous trouverez sur le site de ecdq.tv l’intégrale de la conférence de Daniel Laliberté.

 

Fin de la journée

La journée s’est conclue, après la période de questions, par un temps de réflexion sur la façon dont les éléments apportés au fil de cette journée ouvraient des pistes d’avenir pour l’action catéchétique et pour un meileur arrimage, en pratique, entre catéchèse et liturgie.

Puis, on fermait la journée par une brève liturgie, proclamant à nouveau le texte qui avait ouvert la journée (1Jn 1,1-4), dans une version un peu plus longue:

Ce qui était depuis le commencement,
ce que nous avons entendu,"C'est le Verbe de vie"

ce que nous avons contemplé de nos yeux,
ce que nous avons vu et que nos mains ont touché,
c’est le Verbe, la Parole de la vie.
Oui, la vie s’est manifestée, nous l’avons contemplée,
et nous portons témoignage :
nous vous annonçons cette vie éternelle qui était auprès du Père
et qui s’est manifestée à nous.

Ce que nous avons contemplé,ce que nous avons entendu,
nous vous l’annonçons à vous aussi,
pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous.
Et nous, nous sommes en communion avec le Père
et avec son Fils, Jésus Christ.
Et c’est nous qui écrivons cela,
afin que nous ayons la plénitude de la joie.

Et l’on se quittait en espérant les fruits de cette journée…

Avr 09

Journée Novalis – Catéchèse et liturgie – Avant-midi

"De naissance en naissance..."Journée bien remplie, jeudi le 15 mars dernier, alors que le Centre Victor-Lelièvre accueillait 90 participants dans le cadre de la 7e journée Novalis de formation/réflexion en catéchèse. Cette année, l’énoncé du thème était volontairement poétique, évoquant tout l’univers du langage propre de la liturgie: De naissance en naissance, catéchèse et liturgie s’embrassent.

Catéchèse et liturgie se sont-elles embrassé à l’occasion de cette journée? Rappelons d’abord qu’il s’agit surtout de faire en sorte qu’elles arrivent à mieux se rencontrer dans la vie quotidienne des fidèles ou encore de ceux et celles qui sont en phase d’initiation chrétienne. Mais quoi de mieux que de prêcher par l’exemple! Ou au moins d’essayer…

 

La démarche de l’avant-midi

La journée se mettait en branle tout simplement, par la proclamation d’un court extrait de la 1re lettre de Jean:

Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu,"C'est le Verbe de vie"
ce que nous avons contemplé de nos yeux,
ce que nous avons vu et que nos mains ont touché,
c’est le Verbe, la Parole de la vie.
Oui, la vie s’est manifestée, nous l’avons contemplée,
et nous portons témoignage :
nous vous annonçons cette vie éternelle qui était auprès du Père
et qui s’est manifestée à nous.

Le ton était donné: s’il est vrai que la liturgie permet de « toucher, entendre, voir », parce qu’elle a – ou devrait avoir – recours aux sens, cela ne suffit peut-être pas pour que ce qui est ainsi « vu, entendu, touché » puisse être reçu comme « le Verbe, la Parole de vie ». C’est précisément ce que le reste de la journée voulait mettre en évidence: par quels moyens, et à quelles conditions, la liturgie nous pemet-elle de « voir, entendre, toucher, contempler le Verbe de vie« ?, autrement dit que la liturgie soit, par une médiation des sens nourrie d’intelligence, un espace de communion au Christ et, à travers Lui, au Père, dans l’Esprit.

Expliquer le rite?Un exercice pour commencer: l’un essaie d’expliquer ce que signifie le geste liturgique de la triple immersion baptismale. Le hic, c’est que la personne à qui est destinée l’explication a comme consigne de jouer l’ignorant, de se positionner comme quelqu’un qui ne connaît vraiment pas grand-chose à la foi chrétienne. Dans ce contexte, l’explication rebondit constamment: on réalise petit à petit qu’il faut constamment remonter un cran plus en amont, jusqu’à devoir refaire tout le parcours d’une annonce kérygmatique.

Le scandaleux langage de la croixPlus encore, on réalise que l’explication finit par buter sur deux aspects: d’une part, plus rien ne va de soi aujourd’hui, une texte explication se heurte éventuellement, nécessairement, à l’absurde et au scandaleux « langage de la Croix » qui, comme le dit s. Paul, n’est recevable que pour ceux et celles qui sont « appelés » et qui, donc, fait difficulté, fait obstacle à qui n’est pas disposé à accueillir cette parole; d’autre part, et c’est un obstacle majeur, impossible de s’en tenir à une explication théorique, il faudrait pouvoir descendre dans l’expérience de la relation au Christ. Bref, l’exercice mettait bien la table: les gestes symboliques qui habitent nos célébrations liturgiques sont-ils recevables par « le tout venant »? Ont-ils été conçus pour une participation large de personnes qui n’adhèrent pas au Christ? `Ce qui était clair, à tout le moins, au terme de cet exercice, c’est que la réceptivité, la disponibilité à accueillir la foi qui est proclamée liturgiquement doit pouvoir s’appuyer sur un parcours catéchétique large, global…

 

Au fond, est-ce qu’on croit à la liturgie?!

Le père Jacques Houle, csv, nous proposait ensuite une réflexion intitulée de façon volontairement un peu provocante: Au fond, croyons-nous à la liturgie?

La porte d’entrée de sa réflexion: la longue et magnifique prière de consécration du saint chrême à la messe chrismale.

Prière de consécration du chrême Proclamation de la prière de consécration du chrême
 Texte de la prière  Vidéo: proclamation de la prière de consécration du chrême

AprMéditation catéchétique sur le chrêmeès l’avoir proclamée, le P. Houle nous a aidés à en découvrir la portée catéchétique.

Voici quelques extraits de ses réflexions…

Conférence Jacques Houle

Mais vient ensuite la question: si le texte de la prière a un tel potentiel catéchétique, c’est-à-dire une réelle capacité à nous faire connaître encore mieux le mystère du Christ, que faut-il pour que ce potentiel se déploie réellement, efficacement? C’est là que le P. Houle ose formuler sa question un peu frondeuse: croyons-nous à la liturgie?

Croit-on à la liturgie?Sa réponse, s’appuyant sur trois exemples pris à des degrés divers de la vie de l’Église, est porteuse de certaines déceptions, mais surtout d’une sérieuse interpellation. Écoutons-le ici aussi…

Croyons-nous à la liturgie, croyons-nous au binôme « catéchèse et liturgie »? Et pourtant, nous le rappellera-t-il, ici se joue le passage du « je sais » au « je crois », par la médiation de l’acte symbolique. Cela implique de comprendre la singification du mot « symbole » et, plus encore, d’accepter, d’assumer le potentiel initiatique de l’acte symbolique.

Portée catéchétique du geste symboliqueSuite et fin de ses réflexions, où il nous invite à saisir la pertinence de ces gestes bien faits et par là porteurs de sens, dans une société pluraliste en quête de ce sens…

 

Vous trouverez sur le site de ecdq.tv l’intégrale de la conférence du P. Jacques Houle, c.s.v.

Liturgie "Vers l'autre rive"

Suite du déroulement de la journée

Fév 17

Jugement de la Cour suprême – réaction de l’AÉCQ

Voici le communiqué de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec suite au jugement de la Cour suprême du Canada rendu public ce matin concernant le cours d’Éthique et Culture religieuse.

La Cour suprême vient de déclarer que le cours d’Éthique et Culture religieuse ne porte pas atteinte à la Charte des droits et libertés. En 2008, après avoir plusieurs fois exprimé notre préférence pour un régime d’option entre un enseignement confessionnel et un enseignement moral sans dimension religieuse, nous avions pris acte de la décision du gouvernement du Québec d’implanter un cours unique pour tous — le cours d’Éthique et Culture religieuse — et nous avions reconnu la valeur de ses grandes finalités: la reconnaissance de l’autre et la poursuite du bien commun.

 Nous croyons que tous les jeunes ont besoin d’une formation appropriée pour être en mesure d’apprécier la place de la religion — et en particulier du catholicisme — dans l’histoire et la culture actuelle du Québec. Ce cours peut y contribuer dans la mesure où il respecte la liberté de conscience des jeunes et de leurs parents et où il présente bien les différentes traditions religieuses. C’est dans cette perspective que l’Assemblée des évêques catholiques du Québec continuera à maintenir une attitude d’ouverture et de prudence, critique et vigilante.

Fév 17

Dimanche de la catéchèse 2012 – Ça vaut le détour!

La tradition s’installe lentement! Cette année encore, les communautés chrétiennes du Québec seront conviées à souligner l’importance de la catéchèse au coeur de la mission de l’Église, à l’occasion du Dimanche de la catéchèse.

C’est encore une fois le 3e dimanche de septembre qu’il nous est proposé de vivre ce temps de reconnaissance et d’engagement. Cette année, le thème développé par l’Office de catéchèse du Québec s’inspire bien sûr du passage évangélique du jour, où Jésus, « chemin faisant », interpelle prsonnellement chaque disciple: « Pour vous: qui suis-je? ». « Chemin faisant… », cela implique qu’on fait route ensemble, qu’on explore ensemble, qu’on ose emprunter parfois des « chemins de traverse ». Et on réalise que cette marche avec Jésus goûte bon, ouvre des espaces, des temps de bonheur et de paix. Alors…

Ça vaut le détour! Jolie expression bien de chez nous pour parler de la pertinence de consacrer du temps à la découverte du Christ, à la croissance dans la foi!

Les éléments visuels et les outils d’animation ne sont pas encore disponibles, évidemment. Mais déjà, réservez cette date. Elle pourra même être une occasion de commencer à mettre la table pour l’ouverture de l’année de la foi qui commencera moins d’un mois plus tard (le 12 octobre), alors que commencera le Synode des évêques sur l’évangélisation et la transmission de la foi.

Tout cela se tient, est interrelié. Soyons inventifs dans nos façons de mettre en évidence comment la catéchèse, et tout particulièrement l’initiation chrétienne, n’ont pas d’autre but que de conduire chaque personne à mieux connaître le Christ pour mieux l’aimer.

(Détails à venir pour le matériel relatif au Dimanche de la catéchèse 2012).

Fév 02

Le Centre catéchétique de Québec – RELANCE!

Avec l’arrivée de 2012, l’archevêque de Québec, Mgr Gérald C. Lacroix, annonçait la nomination de Monsieur Daniel Laliberté à titre de nouveau directeur du Centre catéchétique de Québec.Mgr Gérald-C. Lacroix et Daniel Laliberté

Cette nomination, d’abord à temps partiel jusqu’aux vacances d’été puis à temps plein à compter d’août 2012, exprime le désir fort de notre pasteur que soient significativement intensifiée la formation des personnes impliquées en catéchèse dans l’Église de Québec.

Pour le moment, le nouveau directeur réfléchit aux modalités de redéploiement des activités du Centre et aux partenariats à poursuivre et à créer pour l’atteinte de la mission du CCQ.

Yves Guérette, directeur fondateur du CCQNous en profitons pour remercier chaleureusement Monsieur l’abbé Yves Guérette pour l’important investissement grâce auquel le Centre a pu voir le jour et accomplir sa mission dans ces temps difficiles de premier envol. Nous aurons à coeur de préserver précieusement le souffle que lui et ses confrères fondateurs (R. Brodeur, P.-R. Côté et D. Petitclerc) ont su donner au CCQ. Ce quatuor était porté par une vision et une profonde espérance qu’il nous revient de recueillir et de porter plus loin, avec l’aide de l’Esprit.